À force de rebaptiser les structures publiques, les gouvernements soignent leur image, pas les problèmes. Derrière les logos “France Bidule”, des millions dépensés… pendant que les soignants attendent toujours des moyens concrets. Le prix de l’impuissance des politiques publiques ?
France Ruralités, France Travail, France Compétences, France Services… et désormais “France Santé”. La liste s’allonge au rythme d’une stratégie de communication du gouvernement. Objectif affiché : rendre l’action publique plus lisible. Objectif réel : donner le sentiment que quelque chose change.
Sur le plan visuel, ça fonctionne. Mais sur le fond, le bilan est contrasté. Le coût, lui, est bien réel : plusieurs millions d’euros pour de nouvelles enseignes, des sites web, des supports. Pour quel impact concret ? La question reste entière.
Côté résultats, difficile de parler de transformation. France Compétences cumule un déficit colossal de plusieurs milliards d’euros. France Services a masqué la fermeture des bureaux de Poste et autres services de proximité, mais avec une réponse souvent trop généraliste pour les situations complexes des usagers qui y recourent.
Le label “Réseau France Santé”, porté par Sébastien Lecornu venu les poches vides pour faire voter le budget de la Sécu, illustre cette logique : rendre “visible” la transformation de l’accès aux soins en rebaptisant des structures existantes, les MSP et centres de santé. Une enseigne, même tricolore, ne remplace ni les professionnels qui manquent, ni les moyens pour faire face aux effets du vieillissement de la population sur le besoin de soins.
Même approche pour les EHPAD, promis à devenir “Maisons France Autonomie” sous l’impulsion de la discrète ministre déléguée à l’Autonomie et des personnes handicapées. Une annonce qui tombe à pic, pour détourner l’attention du nouveau report de la feuille de route Autonomie.
La facture n’est pas neutre : 150 millions d’euros pour accompagner le déploiement du label “France Santé”, 75 millions pour les EHPAD, alors que le gouvernement anticipe un nouveau dérapage dans les prochains mois et qu’il recherche urgence 6 milliards d’euros à rogner sur les dépenses de cette année, dont 2 milliards sur le champ de la sécurité sociale.
Le contraste est saisissant. D’un côté, des soignants qui demandent des moyens pour assurer l’accès aux soins. De l’autre, des investissements dans des dispositifs de communication. À force d’empiler les “France Bidule”, le risque est simple : que le vernis finisse par craquer. Car, en matière de santé comme d’autonomie, les usagers comme les infirmières et infirmiers, n’attendent pas un logo. Ils attendent des réponses à leurs besoins bien réels et croissants..




